Les 80 $ millions d’Ottawa: l’AVEQ exige une vision plus large et pose la question de la gratuité scolaire

Les 80 $ millions d’Ottawa: l’AVEQ exige une vision plus large et pose la question de la gratuité scolaire

Montréal, le 16 août 2016

L’annulation des crédits d’impôt pour les études et manuels scolaires dans le dernier budget fédéral aura comme résultat d’octroyer 80 M$ supplémentaires au Gouvernement du Québec en matière de financement de l’éducation. Bien que ce dernier ait déjà promis d’allouer ce montant à l’enseignement supérieur, il n’en demeure pas moins que pour le moment son utilisation exacte reste encore nébuleuse. Certains, notamment la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec (CJPL), proposent que ces fonds servent à une bonification de l’Aide financière aux études (AFE).

D’emblée, il ne fait point de doute que cet argent, lequel fournissait auparavant un avantage financier aux étudiantes et étudiants, devrait continuer à leur bénéficier directement. Par conséquent, une hausse des fonds alloués à l’AFE irait dans cette direction et l’Association pour la Voix étudiante au Québec (AVEQ), naturellement, ne s’oppose pas à une telle mesure. Cependant, l’AVEQ ne peut que déplorer l’étroitesse des discussions actuelles entourant ce sujet. Soyons réalistes, l’AVEQ est bien consciente que ce n’est pas une somme de 80M$ qui transformera en profondeur l’enseignement supérieur au Québec. Toutefois, celle-ci est intéressante dans la mesure où elle peut susciter des discussions qui pourraient éventuellement mener à cette fin.

En ce qui concerne précisément l’AFE, l’AVEQ réclame non seulement une hausse de son financement, mais « une amélioration substantielle du programme

[…] en favorisant une meilleure accessibilité aux études » (Cahier de positions de l’AVEQ, §5.2.3). Tout en reconnaissant le fait que chaque dollar de plus peut mitiger la situation des étudiantes et étudiants vivant dans une situation de précarité financière, L’AVEQ ne croit tout simplement pas que le montant en question (80M$), soit moins de 300 $ par étudiante et étudiant au Québec, constitue une amélioration substantielle du programme ni que celui-ci changera d’une façon significative le niveau d’accessibilité à l’enseignement supérieur. De plus, il faut impérativement rappeler ici que les programmes de l’AFE comprennent des prêts et que la majorité des étudiantes et étudiants au Québec terminent déjà leurs études avec une dette de plus de 10 000 $ environ.

Ainsi, une simple bonification de l’AFE dans le contexte où nous nous trouvons actuellement constituera, au mieux, une mesure superficielle qui ne s’attaque pas au fond du problème. Malheureusement, celle-ci ne fait que participer à la logique néolibérale à laquelle les étudiantes et étudiants sont aujourd’hui confrontés: la hausse de 162 % des frais de scolarité depuis 1990, bien au-delà de l’inflation, a érodé de manière substantielle les gains obtenus par le mouvement étudiant depuis la Commission Parent il y a de cela cinquante ans. Selon l’AVEQ, la meilleure façon d’améliorer l’accessibilité aux études supérieures au Québec d’une manière réelle et permanente est une réduction progressive des frais de scolarité devant mener à l’avènement de la gratuité scolaire.

Les décisions concernant l’allocation de ces 80 M$ seront prises par ceux-là mêmes qui fixent les frais de scolarité : le gouvernement du Québec. Bien que ce 80 M$ ne nous mènera pas à la gratuité scolaire, l’AVEQ considère toutefois que le débat qui entoure l’allocation de cette somme constitue un moment opportun pour remettre sur table ce projet historique et porteur pour l’avenir du Québec : la gratuité scolaire. Le rétablissement de la taxe sur le capital des institutions financières, la réorganisation des paliers d’imposition sur le revenu, la fin des subventions massives données aux entreprises comme Bombardier, voilà quelques idées qui pourraient contribuer à financer un tel projet. D’ailleurs, même si plusieurs questions persistent, il est pertinent de noter ici que l’Ontario est actuellement en train d’instaurer la gratuité scolaire pour la majorité des étudiantes et étudiants issus des classes populaires. Entre autres, celle-ci est rendue possible grâce à la réallocation des fonds antérieurement destinés à des crédits d’impôt.

En guise de conclusion, pour l’AVEQ la marche à suivre est claire et nous avons un devoir moral envers les plus démunis de notre société de nous y attarder avec tout le sérieux qu’exige la situation actuelle. Si nous désirons un vrai changement positif dans l’accessibilité de l’enseignement supérieur et dans la vie des étudiantes et étudiants, il faut dépasser le débat sur la meilleure manière d’allouer les  80 M$ et entamer une conversation plus large sur le financement des universités québécoises, laquelle ne pourra éviter ad vitam æternam la question de la gratuité scolaire.

L’AVEQ a pour mission de défendre et de représenter les étudiantes et les étudiants autant francophones qu’anglophones tout en accordant une attention particulière à la réalité de la population étudiante régionale. L’AVEQ représente déjà 33 000 étudiantes et étudiants au Québec, et des associations représentant plus de 100 000 étudiantes et étudiants participent activement à sa construction.

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Contact:

Jean-René Leblanc (Français)

Coordonnateur général

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Kristen Perry (English)

Responsable à la mobilisation et au développement associatif

mob.dev@aveq-nous.ca

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